"Je veux tout garder"

Par Ka et Fred

Publié le 20 février 2016

Au deux tiers de notre parcours, c'est à mon tour d'interviewer un de nos amis khmers, et de recueillir les impressions de Ka. Je me rends chez Luc et Kali, où Ka et Koïba ont élu domicile. En cet après-midi venteux et glacé, nous nous installons près de la cuisinière à bois. Autour de la table, il y a Koïba, qui écoute notre échange avec toute la discrétion qu'on lui connaît, et Kali qui, elle, participe à fond, avec tout l'enthousiasme qu'on lui connaît.

Fred : Bang Ka, ça fait 50 jours déjà que tu es arrivé en France, comment te sens-tu ?

Ka : C'est ok. Je suis très content d'habiter ici, chez Luc et Kali, et de travailler avec la Compagnie l'Aurore. Mais parfois je m'ennuie quand il y a trop de vacances. Quand je travaille, tout va bien. Heureusement, à la maison, il y a du travail avec le bois pour le chauffage, et là, je ne m'ennuie pas.

Kali : Et tu cuisines, aussi.

Ka : Oui, je fais des repas khmers. Parfois, je vais au marché. D'autres fois, je fais de la musique avec les autres. Et je fais la fête.

Fred : Lorsque tu es au Cambodge, tu travailles plus qu'ici ?

Ka : Non. Il m'arrive de m'ennuyer aussi à Phnom Penh : le samedi et le dimanche, quand il n'y a pas de travail. Je n'ai pas assez d'argent pour sortir avec ma famille, alors je m'ennuie.

Fred : Tu trouves que nous travaillons beaucoup, en ce moment ?

Ka : Normalement. On travaille beaucoup, mais uniquement sur le spectacle. Ce n'est pas difficile pour moi, parce que j'ai plein d'énergie. Mais j'aime quand nous travaillons 5 ou 6 jours d'affilée et que nous n'avons qu'un seul jour de vacances. Ou deux. Mais pas plus.

Fred : La semaine prochaine, tu seras en vacances pour 8 jours. Qu'est-ce que tu vas faire ?

Ka : 8 jours c'est beaucoup, mais je vais à Marseille chez des amis. Je ne sais pas encore si je vais m'y ennuyer. Peut-être que je resterai chez Sylvain et Virginie. Ou peut-être que nous nous promènerons beaucoup. Je ne sais pas. Je veux voir cette ville que je ne connais pas, passer du temps avec Sylvain, mon ami depuis de nombreuses années, et peut-être faire la fête.

Fred : Pour aller à Marseille, tu vas devoir prendre le train. Tu m'as dit plusieurs fois que ça te faisais peur. Comment tu va faire ?

Ka : Cette fois ça va, parce qu'il n'y a pas de correspondance. Je ne veux pas de problème avec le train. Je ne veux pas arriver en retard quand nous reprendrons le travail.

Fred : C'est la deuxième fois que tu viens en France. Tu commences à bien connaître notre pays. Comment t'y sens-tu ?

Ka : Je me sens bien. Ce n'est pas les mêmes images que dans mon pays. Ici, à la campagne, je vois beaucoup d'arbres, beaucoup de vert ... et le froid ! C'est un peu une nouvelle vie pour moi. Il faut beaucoup s'occuper du bois pour le feu. Chez nous, c'est la clim, et ça demande moins de travail.

Fred : Et la nourriture ?

Ka : J'aime manger des repas français. Au restaurant, ça va, mais surtout chez Kali : elle cuisine très bien. Je n'arrive pas à m'arrêter de manger. J'adore les soupes françaises. Pour moi c'est ok, je peux tout manger en France.

Fred : Et le fromage ?

Ka : J'aime !

Kali : Le camembert qui coule, c'est quand même pas ton truc ! Tu préfères le fromage à l'intérieur des plats, quand il est fondu.

Ka : C'est ça !

Fred : Est-ce que tu trouves que nous travaillons différemment en France, par rapport au Cambodge ?

Ka : C'est pas pareil. À Kok Thlok, pour les répétitions, je connais tout, je sais ce qu'il faut faire. Ici, avec la Compagnie l'Aurore, ce sont des choses nouvelles pour moi. Maintenant, je sais mieux manipuler les marionnettes, et je peux écouter mes idées pour écrire une musique. Je joue POUR les marionnettes. J'aime beaucoup les répétitions avec les Français, parce qu'on doit couper les téléphones. Il y a beaucoup de silence. Et nous n'avons qu'une seule personne à écouter. Pour moi, c'est une bonne façon de travailler : du coup, quand je travaille, je peux apprendre plus de choses sur moi-même.

Fred : Pour Un Oeil Une Oreille, tu travailles avec deux autres musiciens. Comment ça se passe avec eux ?

Ka : Pour moi c'est génial d'être trois. Comme si c'était trois chemins, qui peuvent se rencontrer. Ça donne plein d'idées nouvelles. Par exemple, je propose un rythme, Luc rajoute quelque chose, et ça enrichit la musique. Ce que j'adore, c'est glisser des « sentiments » khmers à l'intérieur de rythmes qui viennent d'ici. Parfois, c'est Kali et Luc qui me suivent, et parfois, c'est moi qui les suis. Des fois, quand je m'ennuie à la maison, Luc se met à jouer par exemple de la guitare d'une façon que je ne connais pas. Alors, je m'assois, j'écoute en buvant une ou deux bières, et une mélodie me vient. Alors je prends le trô (sorte de viole cambodgienne) et je me mets à jouer.

Fred : Le spectacle a déjà été vu par presque 4000 spectateurs. Que penses-tu du public français ?

Ka : Je suis très heureux quand beaucoup de gens viennent voir le spectacle. Et je suis très heureux quand nous jouons bien. J'aime quand François dit que ce spectacle raconte l'histoire de la rencontre entre nos deux compagnies. Et tu sais pourquoi je suis content ? Parce que, comme ça, plein de gens en France auront entendu le nom de Kok Thlok.

Fred : Il reste 5 semaines avant ton départ …

Ka : Je suis heureux de rentrer dans mon pays. Mais je ne veux pas que ces cinq semaines passent trop vite. Je n'aime pas l'idée d'arrêter de travailler avec la Compagnie l'Aurore.

Fred : Si tu devais choisir un seul moment parmi tous ceux que tu as vécus en France, ce serait lequel ?

Ka : C'est difficile de répondre : je voudrais tout garder. Je veux un DVD du spectacle pour pouvoir le montrer à ma famille, mes amis, et aux gens de Kok Thlok. Mais si je ne devais garder qu'une seule chose, ce serait ces moments où François dit « Everybody, please ! On stage! ». Chaque fois que j'entends ces mots, je souris. J'adore ce moment où François donne le « power » à tout le monde : tous nos cœurs, ensemble, pour raconter notre histoire.

Fred : Merci Ka !

Ka : C'est fini ? Mais non, je veux dire d'autres choses ! J'espère que plus tard, mais je ne sais pas quand, Kok Thlok et l'Aurore pourront retravailler ensemble. Je suis très heureux et je veux dire merci pour cette aventure. Merci à Kompheak (directeur de Kok Thlok) d'avoir permis la rencontre entre nos compagnies. En plus, je rentrerai avec beaucoup d'argent : je pourrai m'acheter un enregistreur numérique, et m'en servir pour Kok Thlok. Et enfin, merci à tout le monde. Tous mes amis. Votre groupe. Notre groupe. Je suis fier de participer à cette aventure.

 

Je referme mon ordinateur sur lequel je prenais mes notes. Un rayon de soleil entre par la fenêtre. Ni Kali, ni Koiba, ni Ka, ni moi ne disons rien pendant un petit moment.

NB : Les photos du spectacle sont de Pierre Planchenault.

 

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