Dernières retouches

Par Fanny

Publié le 11 décembre 2015

J'écris à l'une de mes heures préférées de la journée, ce moment où le pays devient rose quelques instants à peine. La cime de l'horizon s'adoucit, puis flamboie une fraction de seconde...la nuit arrive. Nous voilà rentrés à Phnom Penh depuis quelques jours. Dans la ruelle où se loge Kok Thlok, les ouvriers cessent leur travail, les machines se taisent, le brouhaha de la circulation, dense encore à cette heure là, semble s'éloigner au fur et à mesure que vient l'obscurité.

En bas dans la cour de la maison tout le monde répète...les ombres peuvent enfin exister, les chants et la musique s'épanouissent dans ce qui ressemble à de la quiétude. Un Oeil et une Oreille continuent leur quête...

A quoi bon le nier, c'est notre dernière semaine au Cambodge, et nous avons tous cela à l'esprit sans forcément le dire trop...chaque regard qui se pose sur les choses est teinté du départ qui s'approche. Philippe est reparti mais nous le revoyons très bientôt. Victor est arrivé, qui nous suis, bienveillant, de son appareil photo et de ses questions. Il à sauté à pieds joints dans le projet et documente ces derniers jours de travail avec nous.

Tout semble aller si vite cette semaine! Aujourd'hui, nous emmenons le décor au Lycée Français afin de préparer les présentations. Nous irons ensuite à l'Institut Français demain pour jouer une dernière fois avant notre départ. Dernières répétitions, derniers raccords au plateau, dernières retouches au décor, réglages techniques, peinture, essayages costumes avec « Yey Sim »...


Nous sommes beaucoup allés voir « Yey Sim » cette semaine! « Grand-mère » Sim, c'est la couturière qui réalise les costumes d'après les maquettes que j'ai dessinées. Elle est belle Sim, et surtout elle a du talent! Je crois qu'elle a bien 120 ans! Elle a de tout petits yeux très vifs, un monde de rides sur son visage, des éclats de rire communicatifs...Quand nous arrivons chez elle, on la voit parfois de dos, voûtée sur sa machine à coudre à pédale, ses lunettes tenues par un élastique, une grosse cigarette de tabac local roulée et fumante au coin de la table, vêtue simplement de son sarong vert...Ce n'est pas toujours évident de se comprendre, nous ne parlons pas la même langue, mais nous savons de quoi nous parlons quand nous parlons des costumes. Il en faut de la patience pendant les essayages, à se répéter, à vérifier les mesures, à reprendre un peu la coupe par-ci, la longueur par là, mais grâce à l'aide de Malis pour la traduction et à la bonne humeur des manipulateurs qui viennent essayer leurs costumes, on repart toujours avec le sourire.

Encore un pied ici, déjà la tête là-bas. Il faut préparer la suite, les plans de constructions pour refaire le décor en France, les devis, les commandes, organiser le temps que nous aurons à Oloron où nous nous retrouverons tous pour finaliser ce spectacle.


Au milieu de cette frénésie, trouver le temps de regarder un peu un arrière, d'apprécier ces semaines passées à inventer, à donner, à recommencer, à vivre ensemble, à rêver, à rebondir constamment, à être émus. Des jours et des jours à découvrir, à échanger, à accepter, à rire, à rencontrer, à être déstabilisé puis à retomber sur nos pattes...Nous avons été fatigués, malades, énervés, frustrés, impatients, effondrés par l'actualité en France, révoltés par les réalités d'ici...Nous avons chanté, discuté des heures, trouvé des solutions, appris des mots, inventé des blagues, dansé sur des pas méconnus, rencontré de nouveaux amis. Nous avons été touchés.

Les émotions se mélangent...La joie de rentrer est forte; retrouver les siens, aboutir le spectacle, accueillir à notre tour Malis, Kâ et Koiba en France, continuer l'aventure là bas ! La tristesse est à fleur; partir, dire au revoir aux amis d'ici, à Samlot, Sovan, Kompheak, Sophie, Hoeun, et tout les autres, à nos habitudes prises si vite, à ces gestes d'abord inconnus d'un quotidien que nous nous avons fait notre...Dire au revoir à Phnom Penh, cette ville que j'aime autant qu'elle m'éreinte, à Somnam dap pi et à son marché débonnaire, aux trajets en moto-dop dans l'apaisement de la nuit, à nos gargotes qui nous ont régalé, aux Tok krô lok, aux café teuk dac ka teuk cow, au riz devenu notre pain quotidien, à la lumière si intense que parfois elle brûle, à tous ces sons qui ont fait vibrer et bourdonner parfois nos oreilles, aux rires à essayer de se comprendre, à la chaleur toujours sur la peau, aux couleurs qui claquent partout, aux gens que nous avons regardé vivre d'une autre façon que nous et qui nous ouvrent le regard.


... Le Cambodge nous a épinglé le cœur, les habitants ont soufflé sur nos âmes, nous emportons chacun un petit théâtre rempli de guirlandes de souvenirs et d'ampoules de rires...

Les voyages ce sont aussi des séparations... peut-être qu'ainsi nous rejoignons au plus proche un Oeil et un Oreille, le lien est désormais palpable et vivant, en nous, entre nos ici et nos ailleurs.

 


PS : Le dernier indice, c'est le riz bien sûr. On nous l'a servi à toutes les sauces : salé, gluant, sucré, vapeur, en soupe, concassé, soufflé, écrasé, et on ne s'en est toujours pas lassé.

Retrouvez la Compagnie !

Pour suivre notre actualité, vous pouvez aussi nous retrouver sur notre page Facebook ! La newsletter des 3â (www.les3a.fr) vous informera également de toutes les prochaines représentations des spectacles de la compagnie, ainsi que de ceux de nos amis ! N'hésitez pas à vous y inscrire.

Toujours connectés !

Vous n'utilisez pas les réseaux sociaux ? Inscrivez votre adresse e-mail ci-dessous, afin de rester informés des prochaines représentations de nos spectacles :


Mentions légales

© Copyright 2014 Compagnie l’Aurore
Site réalisé par Studio SG et hébergé par 1&1 Internet SARL, 7, place de la Gare, BP 70109, 57201 Sarreguemines Cedex (FRANCE).